Le résumé
Lorsqu’elle se décide à réactiver la chaîne YouTube de son père, deux ans après sa mort, Iman ne se doute pas qu’elle va faire émerger un monde englouti. Sous ses yeux défilent des dizaines de vidéos, tournées pendant les années 1990 à Djibouti, le pays de son enfance. Des concerts et des clips dans lesquels elle découvre, incrédule, l’existence de Dinkara, un groupe mythique de pop djiboutienne dont la superstar se nomme Abdallah. La musique est électronique, l’ambition est immense… Et si celui qu’elle croyait avoir connu, ce père rapatrié en France après un accident cérébral, cet homme silencieux et ingénieux dans son appartement de Poitiers, avait quelque chose à voir avec cette folle épopée ?
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Le mot de l'autrice
Découvrir une superstar a été ma manière de me tranquilliser : je ne suis pas en train d’écrire une histoire triste. Les chemises amples d’Abdallah, ses lunettes de soleil, son flegme quand il danse avec son micro filaire. Une époque jamais racontée : les années 1990 à Djibouti, entre l’indépendance et la fin de la guerre civile, durant lesquelles une bande de jeunes, les bras chargés d’équipements japonais et français, invente une musique moderne nationale. Le son est électronique, l’ambition immense. Abdallah danse – je l’écris comme mon père le filme.
En découvrant la chaîne YouTube de mon père, en entrant dans sa caméra, je me suis approchée de l’année 2000, quand cette musique disparaît du pays, et que mon père perd le langage. J’écris ce texte pour comprendre ce qui subsiste après une aphasie brutale. Pour comprendre ce qui continue d’agir dans une musique dont la seule trace est désormais YouTube.
Pour moi, c’est toujours plus simple de s’approcher des drames quand ils donnent envie de danser en culotte dans sa chambre, de prendre des trains, de contacter des inconnus sur Messenger, de retrouver des salles de concert dans le pays où j’ai grandi. Abdallah, star nationale, est devenu mon prétexte idéal. Pour m’approcher au plus près de la nuit de l’accident et comprendre cette physique étrange : comment, en une nuit, le langage, le tapage du studio et des concerts, a bien pu disparaître si soudainement de sa vie et de la mienne.
Il a fallu du clinquant et de l’explosif, pour oser écrire, oser se replonger dans la vie silencieuse et amputée de mon père sur notre balcon de Poitiers. C’est peut-être à ça que servent les âges d’or, à prendre toute la lumière pendant que, par touches discrètes, une fille enquête. Je crois que ce n’est pas une histoire triste. C’est de la géologie sur fond de synthétiseurs.
- Iman Ahmed