Le résumé
À l’annonce de la maladie incurable de sa mère, Lize Spit entreprend un dernier rapprochement. Jamais trouver les mots n’aura été aussi difficile, jamais trouver les mots n’aura été aussi nécessaire. Autobiographie de mon corps est une mise à nu d’une honnêteté brutale et bouleversante : celle d’une fille qui cherche à comprendre non seulement la relation complexe qui la lie à sa mère, mais aussi le rapport troublé qu’elle entretient avec son propre corps. Ce qui pourrait n’être qu’un récit intimiste devient une quête exploratoire à la portée universelle : celle de notre rapport aux parents, de l’empreinte de leurs failles et des dynamiques familiales dans notre construction. Un récit qui redéfinit le genre autobiographique en le poussant vers une vérité brute et sans concession.
Les ressources
Le mot de l'autrice
Tout acte d’écriture est-il une réaction à un silence qui puise ses racines dans notre passé ?
Il y a quelques années, alors que je répondais aux questions du modérateur lors d’une conférence, j’ai soudain pris conscience : si j’avais été capable, un jour, d’avoir une conversation honnête avec ma mère, je ne serais pas assise ici devant ce public, car je ne serais jamais devenue écrivaine.
J’ai grandi dans une famille où la langue était importante, car on taisait les choses qui comptaient vraiment. La langue était utilisée comme une forme de violence, pour rabaisser. J’ai grandi avec une mère enfermée dans son rôle de mère et de femme, et qui tentait de s’en délivrer par l’alcool. Mais que valent les mots prononcés sous influence, combien d’eux disent la vérité ? Il y a trois ans, ma mère m’a annoncé, dans un mail bref et factuel, qu’elle était atteinte d’une maladie incurable.
Je voulais être proche d’elle, physiquement, je voulais la toucher, je voulais lui dire adieu comme il se doit, mais cela m’était impossible, car son corps suscitait en moi du dégoût par la quantité de souvenirs que mon propre corps avait emmagasinés. Ce fut pour moi le début d’une quête intérieure. La seule manière de me débarrasser de ce dégoût était d’essayer de le nommer, pour le démanteler. Le temps pressait, je voulais pouvoir comprendre avant que ma mère ne meure.
Ce livre rend compte de la dernière tentative de rapprochement entre une mère et une fille, et de la volonté de comprendre comment l’intimité se déforme dans un environnement insécurisant. Quand on évoque le traumatisme, je constate qu’on emploie souvent une langue trop générale, trop stéréotypée. J’ai voulu y opposer quelque chose de neuf, de physique, d’extrêmement singulier, et qui, par-là même, devient extrêmement universel et vulnérable. Cette vulnérabilité est une invitation faite au lecteur à regarder son propre corps et sa propre intimité dans un miroir. Peut-on jamais être vraiment à la hauteur, comme mère, comme fille ? Tout ne revient-il pas, au fond, à simplement accepter d’être aimé ?
- Lize Spit