Le résumé
En trente ans, Amos et Emerson se sont bâti une existence que beaucoup leur envient. Leurs épouses sont proches, leurs filles adolescentes ont grandi ensemble, et leurs journées s’écoulent dans la langueur de vies new-yorkaises opulentes. Leur amitié semble immuable.
Ce week-end, pourtant, quelque chose a changé. Alors qu’ils sont réunis pour célébrer les cinquante-deux ans d’Emerson dans sa maison de campagne, la fête laisse place à de vieilles rancœurs. Lorsque les tensions éclatent, leur monde si soigneusement construit se brise en un acte de violence impensable, aux conséquences abyssales.
Dans un style d’une exactitude infinie, Hal Ebbott pose un regard acéré sur la fragilité des liens, le mariage et les rapports de classe. Acclamé outre-Atlantique, Entre amis signe l’entrée en littérature d’un écrivain-né.
Les ressources
Le mot de l'auteur
Je pense souvent à ce vers de la poétesse Eavan Boland : “Pour parler de l’âge, il faut s’emparer de quelque chose et le briser.” Les ruptures du quotidien m’ont toujours fasciné. Je suis obsédé par les menus détails du contrecoup, ainsi que par tout ce qui sous-tend nos choix moraux et ce qui nous permet – ou plutôt ce que nous sommes prêts à considérer comme une permission – de nous y soustraire. J’ai donc écrit Entre amis parce que son histoire, celle de deux familles contraintes de faire face à une trahison aberrante, n’a jamais cessé de me hanter. J’aimerais pouvoir donner une explication plus noble, mais c’est en réalité très simple : cela me torturait.
Dès le départ, ces personnages m’ont semblé authentiques, et leur donner vie consistait moins à travailler la narration qu’à découvrir ce qui était déjà vrai. En couchant chaque phrase, je me demandais avant tout si ce qu’elle décrivait était juste. (Est-ce qu’elle a vraiment dit ça ? Est-ce qu’il a posé son bras ici, ou plutôt là ? Est-ce qu’une fille en présence de sa mère mangerait ça ?)
D’une certaine manière, il ne serait pas inexact de voir ce livre comme l’anatomie d’une réaction à la violence sexuelle. Et, bien que les thèmes n’apparaissent qu’avec le recul, je les vois bel et bien. L’amitié, la parentalité, les classes sociales, la rancœur. Le mensonge, bien sûr. Le prix du confort et les trahisons banales qui entraînent les fractures majeures de la vie.
Je n’ai jamais considéré que je m’inscrivais dans une veine particulière, mais les romans au cadre resserré dégagent pour moi une force remarquable. Je pense à Un homme au singulier de Christopher Isherwood, à Personnages désespérés de Paula Fox, au Faucon pèlerin de Glenway Wescott. À Virginia Woolf bien sûr, et aussi Anne Enright, Claire Keegan, Barbara Pym. Il y a cette claustrophobie agréable qui me captive en tant que lecteur et me permet en tant qu’auteur de faire le point sur des détails infimes, finesse qui n’aurait peut-être pas sa place dans un cadre plus ouvert. La poésie est également une source inépuisable de courage. Louise Glück, George Oppen, Anne Sexton et Sharon Olds comptent parmi les auteurs à qui je dois beaucoup.
- Hal Ebbott