Nous aussi

Dans l'éclat feutré du Quartier latin ou l'ombre des sommets de Savoie , une lignée bourgeoise cultive l'art des rites et du silence. Sous le vernis des bonnes manières, les corps s'effleurent et les
À paraître
Livre broché 19 août 2026
À paraître
Livre numérique 19 août 2026

Le résumé

On fait partie d’une grande famille. On sait qu’on est privilégiés. On vit ensemble, dans notre immeuble au centre de Paris, on se retrouve l’été dans notre maison à la montagne. On trouve que c’est normal. C’est chez nous, c’est à nous, c’est pour nous. On se ressemble, on se compare, on se confronte, on ne se quitte pas, on se confond, on s’appartient. On ne sait pas comment dire je, on n’en a pas besoin, puisqu’on est nous. Nous les enfants, les frères et sœurs, les cousins, les cousines, on partage tout, nos écoles, nos chambres, nos habits, nos repas, nos jeux, nos bains, nos lits. On est les membres indissociables du grand corps familial. On n’a jamais vécu dehors. On ne sait pas ce que c’est. On n’en est pas capables. On n’en a même pas envie. Et tout aurait dû continuer ainsi, dans un même immuable recommencement. Le jour où la façade s’est fissurée, on n’a pas compris. Ça n’aurait pas dû se produire, pas dans notre famille. Ce n’était pas possible que ça nous arrive, à nous aussi.

Les ressources

Le mot de l'autrice

Avec Nous aussi, j’ai voulu écrire le portrait d’une famille bourgeoise, vue de la place des enfants qui en font partie, ou plutôt qui en composent les membres, car cette famille fonctionne comme un grand corps où les individus et les générations se superposent et se confondent.

La genèse de ce roman a été très longue. Une première version écrite à la première personne ne rendait pas compte de l’expérience de faire partie d’un tout indiscernable. Thomas Bernhard a écrit “quelquefois, les questions restent insolubles parce qu’on n’emploie pas la bonne personne”. C’est en lisant Vie animale de Justin Torres traduit par Laetitia Devaux, dans lequel le “we” d’une fratrie de trois garçons est traduit par on, que j’ai eu l’intuition que ce roman pourrait exister si je prenais le parti d’utiliser on.

Comme équivalent de nous, on est d’abord la voix chorale des enfants, qui se représentent eux-mêmes comme les éléments organiques du tout qu’est pour eux la famille, sûre de ses valeurs et fière de ses privilèges. Le on porte aussi la voix des adultes peinant à exister par eux-mêmes, puis celle d’une des enfants, à la génération suivante, qui cherche à sortir d’une sorte d’amnésie familiale, après un point de rupture qui oblige, dans la deuxième partie du livre, à tout reconsidérer autrement.

Ce on, qui permet de rendre manifeste à la fois le collectif et l’impersonnel, l’appartenance, l’indifférenciation et la confusion des places, a été l’instrument idéal pour dire à la fois le tout et les parties, la famille et sa mise en morceaux. Il m’a permis de construire ce roman comme un puzzle, dont les pièces s’encastrent les unes dans les autres pour dessiner un motif qui s’esquisse peu à peu, mais qu’on ne peut voir que du dehors, et après coup, une fois qu’on est sorti du tout. On découvre alors, sous la normalité apparente d’un décor privilégié, son envers menaçant et les mécanismes par lesquels on se persuade que ce n’est pas possible que ça nous arrive à nous aussi.

- Anne Godard

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