Jo Witek : “Écrire pour la jeunesse, c’est parier sur la vie”

  • Publié le

    24/06/2026

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    Entretien

Jo Witek

Dans Le Tube de l’été, Jo Witek met en scène Manu, un garçon bègue qui trouve dans la musique et l’amitié la force de s’affirmer.

Fidèle à l’esprit du Clan des Cabossés, le roman célèbre l’acceptation de soi et la puissance du collectif.

Qu’est-ce qui vous a inspiré l’intrigue du Tube de l’été ?

Jo Witek : Pour les romans du Clan des Cabossés, je relie toujours une différence de caractère ou un empêchement d’un des personnages à une “action” un peu archétypale des grandes vacances en bord de mer, et toujours du point de vue des enfants. Ainsi, le personnage “phare”, entouré par sa bande, va évoluer, progresser en douce, en short et claquettes, au fil de l’agenda estival. Pour Petite peste !, Jessie, l’insolente solitaire, trouve enfin une bande de copains pour la comprendre. Dans Range ta plage !, Arthur, au physique mal-aimé, devient l’initiateur admiré d’une vaste action écologique. Dans cette logique, j’avais envie que le bégaiement de Manuel, qui souvent l’empêche d’être naturel, puisse, quand il chante, disparaître. J’ai souhaité offrir à Manuel la possibilité d’exister pleinement, en sachant expliquer aux autres, d’abord à ses copains, l’origine et la nature de son handicap, qui est souvent mal connu. On est ici au cœur des valeurs du Clan des Cabossés : accepter ses faiblesses, ses maux, oser les partager avec ses amis, et gagner en confiance en soi.

Être reconnu (et aimé) tel que l’on est, est-ce le message que vous tenez à faire passer ici ?

J. W. : Ce n’est pas tant le message d’un livre qui compte, que l’honnêteté de celui ou de celle qui l’écrit. On écrit avec ce que l’on est, et je suis une “cabossée”. J’ai toujours eu l’impression d’être moi aussi une outsider, ne s’intégrant jamais complètement dans un groupe, et souvent à côté de la plaque. À l’âge des héros du Clan, j’étais une timide hypersensible, un peu gaffeuse, complètement rêveuse. Mais j’étais aussi une fille qui aimait jouer à la guerre en rampant dans la boue !

Sans doute parce que tous ont éprouvé le rejet et la solitude, mes héroïnes et héros savent s’écouter, s’opposer aux avis contraires, défendre leurs points de vue, agir pour aider un ami et demander de l’aide aux adultes quand il le faut. Ce clan est une microsociété de fiction, qui, je l’espère, invitera les lectrices et les lecteurs, petits et grands, à s’interroger sur la réalité du vivre-ensemble. Par exemple, ne pas se considérer ni au-dessus, ni en dessous des autres, savoir prendre sa place, mais aussi apprendre à la laisser aux autres de temps en temps. Je pense que pas mal d’enfants aujourd’hui souffrent d’un manque d’estime de soi, de confiance, et sont très anxieux.

Je voulais donc leur offrir de la joie avec ce roman. Manuel est bègue, le quotidien est compliqué, il va devoir faire avec. Il va devoir ne pas faire semblant d’être “comme les autres”. Grâce à ses copains, il parviendra à être la personne que tout le monde écoute, le temps d’une chanson. J’espère qu’on sentira dans ce roman la puissance de l’amitié.

Est-ce qu’écrire pour la jeunesse signifie forcément, à un moment ou à un autre, se remettre dans la tête de l’enfant que l’on a été ?

J. W. : Oui, je le crois. L’enfant qu’on a été, ou qu’on aurait aimé être. L’écrivain jeunesse rejoue sans cesse son enfance, l’enfance, toutes les enfances. On écrit avec la souplesse, la fragilité et l’énergie de l’enfant. Écrire pour la jeunesse, c’est parier sur la vie, la vitalité, et faire la nique à un monde qui ressemble de plus en plus à un mauvais numéro de cirque avec des clowns pas drôles. Mon métier d’autrice jeunesse est un engagement militant. Je n’ai rien trouvé de mieux à faire pour sauver le monde que d’écrire le mieux possible des histoires pour celles et ceux qui demain écriront l’avenir.


Rencontrer vos lecteurs compte beaucoup dans votre travail d’autrice, n’est-ce pas ?

J. W. : J’aime aller à leur rencontre, discuter sérieusement avec eux des personnages, de l’action, de l’écriture. Les enfants sont d’excellents critiques littéraires, ils sont francs, fins, et ne prennent pas de pincettes. D’ailleurs, ce roman autour de Manuel m’a presque été imposé par des enfants à Montauban. Il s’agissait d’élèves de classes de 6e qui avaient lu les trois autres volumes du Clan des Cabossés. Ils m’ont mise face à mes responsabilités : Manuel, lui aussi, devait avoir son histoire. Je devais l’écrire ! Leur envie m’a donné envie et je les en remercie.

Le Tube de l’été se termine par la chanson “On est tous des Cabossés” et, bonus !, les lectrices et lecteurs ont accès à l’audio. Comment vous est venue cette idée ?

J. W. : Après avoir écrit la chanson de fin du Tube de l’été, je l’ai fait lire à mon fils Mathieu, qui est guitariste compositeur. Et on a imaginé de créer ce morceau de fiction “pour de vrai”. On avait les paroles, Mathieu a composé une musique rap, et deux enfants super chouettes – Rose (9 ans) et Valentin (12 ans) – sont venus l’interpréter en studio. J’ai pensé que cela pouvait amuser les enfants, les enseignants, les parents de pouvoir écouter ou chanter la chanson du livre. Un rap écrit comme un enfant, mais pas tout à fait ; une musique, composée par DJ June (la DJ du roman), mais pas tout à fait...