La collection met à l’honneur des figures de résistance : pourquoi est-il urgent de raconter ces parcours aujourd’hui ?
Dire “non” ça s’apprend. Un jeune a aujourd’hui mille et une raisons de s’insurger contre ce monde qui ne tourne pas rond, mais il ne sait pas forcément comment s’y prendre pour résister. Lui montrer d’abord que d’autres avant lui se sont battus, que ces autres n’étaient pas tout seuls, et qu’ils ont souvent réussi à infléchir la marche du monde. Mais lui faire découvrir aussi que ce ne sont pas des êtres exceptionnels, mais plutôt des figures dans lesquelles il peut se projeter. On ne naît pas résistant, on le devient. Tous ces personnages ont en commun de décider un jour de suivre ce que leur dicte leur conscience. Et cela s’enracine dès leur enfance ou leur adolescence : ce qui révolte petit fonde une lutte d’adulte. Par-delà leur époque et leur pays, tous ces personnages ont la main appuyée sur l’épaule de l’autre. Comme une grande chaîne de solidarité et de fraternité.
Vous insistez beaucoup sur le collectif des auteurs également.
Vous l’avez compris, on n’entre pas dans la collection “Ceux qui ont dit non” sans avoir une plume militante. Je n’ai pas peur de ce mot, au contraire. Je n’ai pas dit partisane. Chacun a les convictions politiques qu’il souhaite, ce n’est pas le sujet, mais les grands combats portés par nos personnages ne se sont pas menés seuls, et nous sommes donc une équipe, un véritable collectif. Voilà pourquoi nous avons aussi imaginé des résidences d’écriture collectives : Saint-Paul-Trois-Châteaux, Quimper, Château-Arnoux, Apt, Flagey, Le Teil, Neuville-de-Poitou… Autant de villes où nous sommes allés ensemble pour que fleurissent nos “Non” et ceux de la population. Nous avons aussi proposé d’innombrables lectures collectives “Des Voix pour dire Non”, qui font se répondre les paroles de nos personnages en un grand chant de fraternité.
C’est au cours de votre première résidence collective que vous avez mis en place les Ateliers du Non. Aujourd’hui vous en avez mené des centaines partout en France, de quoi s’agit-il ?
Les auteurs, porteurs de l’ensemble de la collection et pas seulement des personnages auxquels ils ont eux-mêmes prêté vie, sillonnent depuis des années les lieux qui les invitent pour faire émerger une parole personnelle, liée à une insurrection intime. Nous demandons aux jeunes et aux moins jeunes : “Et vous, à quoi dites-vous non ?” Nous les aidons à formuler leurs révoltes. Nous préférons y aller à plusieurs et parfois nous restons des semaines sur un territoire : les mots qui résistent germent lentement, c’est magnifique. Et les mots peuvent sauver. Il y a souvent un avant et un après nos Ateliers du Non. Ainsi, combien de “Non au harcèlement” avons-nous vu surgir, permettant une prise de conscience du groupe. Je me souviens de l’un d’entre nous invité à intervenir en urgence dans un lycée agricole en proie à une violente crise d’homophobie contre un élève et parvenant à dénouer la situation. Je me souviens d’un duo de choc permettant une parole libératrice dans une classe de 3e dévastée par de petits masculinistes adeptes du “body count”. Je me souviens de ce jeune migrant Pakistanais, capable pour la première fois de raconter sa fuite, sa traversée, les passeurs, la peur, la galère à la rue, tout ce qu’il n’avait pas pu partager, devant ses camarades sidérés. Des milliers de visages et de mots récoltés nous habitent.
