Le résumé
Sur les vestiges des cités antiques, Marc Barca a, depuis son rapatriement d’Algérie, et durant cinq décennies, édifié, de La Grande-Motte à Sète, un empire de béton gagné sur un delta toujours plus menacé par les eaux montantes de la Méditerranée.
En ce jour de Saint-Sylvestre 2012, ce Titan vieillissant peut désormais méditer sur cette oeuvre imposante et chimérique, secrètement née de l’arrachement à la terre natale, et qui lui a valu de partager des années heureuses avec sa compagne, la belle Hélène.
Dans le même temps la fille de celle-ci, Rachel, en compagnie des musiciens de son modeste groupe de rock, fait route vers une soirée de concert privée, consciente que la désillusion envahit son rêve de carrière artistique autant qu’elle a anéanti ses amours avec Malek, le jeune père de son enfant.
Conjuguées mais distinctes, les voix de ces personnages intérieurement fracassés viennent tour à tour percuter le mythe des «success-stories», l’ardente et pure exaltation des grandes espérances, pour faire surgir, sauvage et chaotique, le véritable paysage que chacun d’entre eux porte en lui et tente de rendre habitable sur les rives d’une Méditerranée qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse de résonner de la plainte des errants, des bannis ou des réprouvés.
À travers le personnage solaire et prométhéen d’un homme habité du désir de créer une beauté nouvelle en façonnant concrètement un monde à l’image de ses rêves, Nathalie Démoulin rend un hommage inspiré à tous les aventuriers de l’existence dont un exil, réel ou intérieur, corrompt, avant même que le Temps ne fasse son oeuvre, les constructions vulnérables.
Les ressources
Ils ont aimé
Nathalie Démoulin capte ici à merveille les voix, la lumière et les sons. La mer et les vagues rythment son récit sans cesse recommencé. La romancière décrit le monde à la manière d’un archéologue et, dans un même souffle, plonge dans l’intimité de ses personnages, par le biais de leurs confessions mélancoliques. (...) Bâtisseurs de l’oubli est une superbe histoire de vaillance, de héros qui tombent et se relèvent pour danser sur la mer. C’est aussi un magnifique roman des origines, une oeuvre sur le désir infatigable et sur les géants, qui ne sont pas à l’abri d’une fêlure.
Une écriture envoûtante, impérieuse mais sans emphase, réussit le tour de force de fondre les blessures intimes des personnages dans un vocabulaire architectural d’où elle tire sa poésie et son caractère lancinant, comme une ligne de basse ou un accord de guitare saturé.
Rien n’est ce qui semble chez Nathalie Démoulin, ni la nostalgie soixante-huitarde, ni la rancœur des pieds noirs, ni la laideur des constructions modernes. Écrivaine-née, elle transfigure les modes en nourrissant son roman d’archétypes, de clameurs des premiers âges, des vanités d’empires déchus…
Elle soulève à chaque page des siècles d’histoire méditerranéenne, en un mouvement de phrase hypnotique qui berce et roule comme le rock, au fil d’un superbe hosanna de sel et de sang, de sable et de béton.