Qui se souvient de Jean le Sage qui se disait marchand de lunes et en offrait des quartiers aux amoureux sur la place de la Victoire ? Un soir, il est parti avec ses lunes dans sa poche, et on ne l’a plus jamais revu. Et aucun biographe n’a conté son histoire. Pourtant ça valait bien la peine. Ses lunes, il ne les volait à personne […].
Les mots pour fabriquer du commun
Avec Bréviaire des anonymes, Lyonel Trouillot crée un espace où les personnages se relayent pour parler, se contredisent et parfois même se coupent la parole. Les vivants et les morts, les anonymes et les grands de ce monde, la langue soignée des élites et celle de la rue se mêlent dans un récit polyphonique. Et la phrase de Trouillot devient un espace de partage. Elle accueille le rythme, l’adresse, la colère, l’humour – tout ce qui permet de ne pas être seul dans un pays éprouvé, où l’État peine à assurer ses fonctions vitales. En racontant les vies modestes et celles que l’on oublie d’ordinaire, l’auteur leur rend une épaisseur, une histoire, une dignité. Il rappelle surtout que ces existences méritent, elles aussi, d’être racontées.