Quand Hubert Beuve-Méry entre dans le journalisme, c’est pour dévoiler un mensonge d’État. Et lorsqu’il prend la tête d’un grand quotidien national, qu’il nomme “Le Monde”, c’est pour mettre toute sa vie et son énergie au service de l’information, la vraie, celle qui ne ment pas, celle qui ne se laisse pas corrompre.
“« Vous voulez donc devenir journaliste, Paul ? » finit-il par demander. À cet instant, sous sa crinière blanche, on aurait dit le sphinx à l’heure du verdict. « Je compare souvent la fonction de journaliste à celle d’instituteur. Le journaliste est là pour instruire, lui aussi, pas pour embobiner ses lecteurs. C’est pour cette raison que j’ai toujours souhaité que les titres du “Monde” soient informatifs. Je suis tout à fait opposé à la surenchère verbale, à ces titres que l’on conçoit à seule fin d’attirer le regard. Ce qui compte, c’est l’information. Une information est cruciale et on la publie, ou elle ne l’est pas et on la met de côté. On ne peut avoir deux maîtres à la fois, l’argent et l’information ! Ou alors on choisit un autre registre et on désinforme le public à longueur d’articles ! »”