“Le Somnambule” : au cœur d'une nuit meurtrière

  • Publié le

    15/05/2026

  • Catégorie

    Chronique

visuel Le Somnambule Actes noirs

Dixième enquête de l’inspecteur Joona Linna, “Le Somnambule” s’ouvre sur un meurtre particulièrement sauvage. Sur la scène du crime : un corps démembré, et dans la pièce voisine, un adolescent somnambule, endormi.

Coupable ou simple témoin ? Lars Kepler signe un thriller redoutable et angoissant, où la vérité se dérobe à mesure qu’on croit la saisir.

Une traque sous haute tension

Une nuit d’hiver, aux abords de Stockholm, dans une caravane isolée, la police découvre l’horreur absolue : un corps démembré gît dans un bain de sang. Dans la pièce voisine, un adolescent dort sur un bras sectionné. Ce garçon s’appelle Hugo Sand. Il a dix-sept ans et souffre d’un somnambulisme rare. Mais au réveil, il est incapable de distinguer le rêve du réel.

L’enquête est confiée à l’inspecteur Joona Linna qui fait appel à l’hypnotiseur Erik Maria Bark pour sonder les zones d’ombre de cette nuit meurtrière. Mais très vite, un deuxième meurtre survient. Puis un autre. Le temps se resserre. La traque s’enclenche. Les indices émergent par fragments : une hache, une vieille Opel, des cheveux blonds. Peut-être s’agit-il en fait d’une meurtrière ? Peut-être pas.

À mesure que l’enquête progresse, les certitudes vacillent. Une seule constante : ça frappe, encore et encore.

Le récit avance à un rythme vif, presque convulsif. Les scènes s’imposent avec une netteté troublante, comme arrachées à un film d’horreur : un hôtel isolé près d’une station-service déserte, baigné d’une lumière surnaturelle ; une silhouette blonde qui se détache dans la nuit ; une présence fantomatique qui, lentement, gagne du terrain. Et toujours, cette hache, surgissant comme une signature, répétant inlassablement le geste meurtrier.

La violence est extrême, la tension insoutenable. On lit comme on retient son souffle. On traque autant qu’on est traqué.

Somnambulisme et hypnose : la vérité par fragments

Tout au long du roman, le somnambulisme d’Hugo Sand cristallise toutes les tensions et les soupçons. Pourtant, très vite, l’inspecteur se doute qu’il n’est probablement pas le meurtrier, mais le témoin d’une scène qu’il n’a pas réellement perçue – il se trouve encore en détention provisoire lorsque le deuxième meurtre se produit. Dès lors, l’enquête bascule. Il ne s’agit plus seulement de reconstituer des faits, mais de retrouver une vérité enfouie dans une conscience fragmentée. L’hypnose médicale devient un outil d’investigation pour faire émerger des souvenirs, ou du moins ce qui s’en rapproche. Mais ces souvenirs sont fragiles. Que reste-t-il du réel lorsque la mémoire vacille ?

À la lisière du sommeil et de l’éveil, entre mémoire et oubli, Le Somnambule installe un trouble persistant : celui d’une vérité qui ne se donne jamais entièrement, qui se reconstruit, par bribes, au risque d’être mal interprétée.

Violence et trauma : la mécanique du mal

Derrière les meurtres en série, une logique se dessine : celle du trauma.

Le tueur en série cible des individus marqués par des failles similaires : négligences familiales, blessures sentimentales, plaies anciennes. La violence ne surgit pas de nulle part : elle rejoue, en surface, une blessure ancienne et enfouie qui n'a jamais trouvé d'issue.

Lars Kepler explore ainsi l’origine du mal comme un processus lent, sournois, pathologique : celui d’une plaie qui s’infecte en silence, gagne les chairs, jusqu’à gangréner tout ce qu’elle touche.

Un thriller de l’ombre et du vertige

Avec Le Somnambule, Lars Kepler signe un thriller noir extrême, où le polar bascule dans l’horreur. À la traque d’un tueur en série, s’ajoutent, en toile de fond, des thématiques lourdes – prostitution, trafic d’êtres humains, drogues, dérives médicales – qui achèvent de dessiner un monde sans lumière.

Un roman tendu, violent, où la peur se niche autant dans les corps que dans les esprits.