Somnambulisme et hypnose : la vérité par fragments
Tout au long du roman, le somnambulisme d’Hugo Sand cristallise toutes les tensions et les soupçons. Pourtant, très vite, l’inspecteur se doute qu’il n’est probablement pas le meurtrier, mais le témoin d’une scène qu’il n’a pas réellement perçue – il se trouve encore en détention provisoire lorsque le deuxième meurtre se produit. Dès lors, l’enquête bascule. Il ne s’agit plus seulement de reconstituer des faits, mais de retrouver une vérité enfouie dans une conscience fragmentée. L’hypnose médicale devient un outil d’investigation pour faire émerger des souvenirs, ou du moins ce qui s’en rapproche. Mais ces souvenirs sont fragiles. Que reste-t-il du réel lorsque la mémoire vacille ?
À la lisière du sommeil et de l’éveil, entre mémoire et oubli, Le Somnambule installe un trouble persistant : celui d’une vérité qui ne se donne jamais entièrement, qui se reconstruit, par bribes, au risque d’être mal interprétée.
Tous restent silencieux autour du lit et harmonisent leur respiration en accompagnant le compte à rebours. C’est comme si la pièce entière entrait en transe, comme si elle descendait dans l’obscurité abyssale à la façon d’une cloche de plongée.
Les rideaux se gonflent sous l’effet de l’air chaud qui monte du radiateur. Joona observe le visage de Hugo qui se détend, devient doux et enfantin.
Erik baisse légèrement la voix et se penche un peu plus vers lui.
— Treize, douze, onze… tu atteins la dernière marche de l’escalier en bois et tu n’entends plus la fête, dit-il. Dix, neuf, tu traverses le hall… huit, sept, et tu continues par la porte d’entrée du manoir… six, cinq, sur le perron en pierre… tu fais maintenant les derniers pas, quatre, trois, deux, un… zéro, tu es de retour au camping.
Un thriller de l’ombre et du vertige
Avec Le Somnambule, Lars Kepler signe un thriller noir extrême, où le polar bascule dans l’horreur. À la traque d’un tueur en série, s’ajoutent, en toile de fond, des thématiques lourdes – prostitution, trafic d’êtres humains, drogues, dérives médicales – qui achèvent de dessiner un monde sans lumière.
Un roman tendu, violent, où la peur se niche autant dans les corps que dans les esprits.
