L’effondrement écologique sans grand discours
Comme dans ses précédents romans, l’autrice s’inquiète du sort de la planète sans jamais asséner sa vérité grâce au choix de l’écofiction. L’île va être évacuée : la montée des eaux rend sa disparition inévitable. Reste à Dominic un geste impossible à accomplir avant le retour à la civilisation : choisir dans la plus grande banque de semences au monde, installée sur Shearwater, les graines qui suivront et celles qui resteront là, condamnées à disparaître. L’idée même du tri des espèces déchire les personnages esquissés par l’autrice. Et pour conserver ce savoir, McConaghy le confie à Orly, le plus jeune fils de Dominic. Surdoué, habité par la biodiversité, il parle des arbres et des fleurs avec la ferveur des enfants qui savent nommer le monde. C’est la force de ce drame écologique que d’être, aussi, un récit intime, presque charnel, loin des discours abstraits ou culpabilisants.
[Orly] touche une plante qui ressemble à un pissenlit pourpre dardé d’épines. “C’est celle dont je vous ai parlé, la lampourde de Magellan. Son vrai nom, c’est Acaena magellanica. Vous voyez les tout petits crochets sur la graine ? C’est comme ça qu’elle s’agrippe aux plumes des oiseaux et qu’elle voyage aux quatre coins du monde. Il y a beaucoup de plantes comme ça, ici ; elles ont dû trouver les moyens de survivre dans un endroit invivable.”
Un roman de la transmission et du lien
La seule décision vraiment importante que nous puissions prendre pour réduire notre empreinte carbone, c’est de ne pas avoir d’enfants. [...] Donner la vie à des enfants dans ce monde apocalyptique est un acte égoïste et non éthique. [...] Je ne peux pas avoir d’enfants sachant que je ne serai peut-être pas capable de les protéger.
Rowan, dont le mari rêvait d’avoir des enfants, n’en a jamais voulu – moitié par peur, moitié par lucidité, comme si mettre au monde un petit être relevait désormais de l’inconscience. Cette tension traverse le roman : qu’est-ce qu’on transmet, quand l’avenir se dérobe ? Sur Shearwater, la transmission ne passe pas seulement par la filiation. Elle se fabrique au quotidien en apprenant à faire confiance et en prenant soin des autres. En s’attachant aux enfants de Dominic, Rowan découvre une autre façon de “laisser une trace” : par le lien choisi, tissé au présent. Un lien fragile et imparfait. La nature elle-même semble parfois renvoyer les personnages à cette leçon de vulnérabilité – comme dans une scène saisissante où une baleine, un instant, paraît menacer puis épargner l’un des enfants sur son esquif. Accepter sa fragilité, faire place à l’autre, fabriquer du lien : une manière de tenir, quand tout vacille.
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Inti Flynn, une jeune biologiste, arrive en Écosse pour diriger une équipe de scientifiques chargés de réintroduire le loup dans les Highlands. Ses efforts pour réensauvager la nature meurtrie se heurtent rapidement à l’hostilité des locaux, inquiets pour leur sécurité et celle de leur bétail. Quand elle découvre le corps atrocement mutilé d’un éleveur quelques jours après avoir relâché les premiers loups dans la forêt, Inti comprend que les coupables seront vite désignés. Sans réfléchir, elle fait disparaître le cadavre.
Mais si les loups n’ont rien à voir avec tout ça, quel monstre rôde donc dans les forêts ?