Les vampires occupent une place très importante dans ton œuvre, y compris dans Baron Cimetière. D’où te vient ce goût pour eux ?
Je suis une passionnée du mythe, j’ai même écrit un essai sur le sujet (Vampires et Bayous). La passion me vient notamment de la découverte d’Entretien avec un vampire d’Anne Rice, beaucoup trop jeune (à huit ans), et du visionnage compulsif de chaque épisode de Buffy contre les vampires à l’adolescence. J’aime le mélange d’Eros et de Thanatos intrinsèque au vampire. C’est de loin la créature surnaturelle la plus cool et sexy, du moins dans ses répétitions récentes. J’ai consacré plusieurs romans au mythe du vampire, Dans tes veines, Je suis ton ombre, Rouge Toxic, et Festin de larmes (coécrit avec Vincent Tassy).
Dans les faits, Baron Cimetière se trouve dans le même univers que la plupart de mes autres livres (tous ont un univers commun, et partagent parfois des personnages, tout en restant indépendants narrativement parlant, sans qu’on sente qu’il nous manque une partie de l’histoire). Il se trouve que dans mon lore, La Nouvelle-Orléans est remplie d’enfants vampires. Baron Cimetière n’est pas spécialement centré sur les vampires, plutôt sur la magie vaudoue, et sa figure la plus emblématique, le Baron Samedi. Mais oui, les vampires ne sont jamais loin dans mes textes, Baron Cimetière inclus.
Mika et Ghilane, les deux personnages qui portent le récit, sont des jeunes adultes très différents l’un de l’autre… Comment s’est déroulée leur création ?
Mika, c’est un jeune marginal, un adolescent paumé qui se retrouve par un concours de circonstances à l’autre bout du monde, à La Nouvelle-Orléans, sans aucun repère. Mais il n’est pas très prudent, tête brûlée, ce qui va le conduire dans plusieurs situations très risquées. J’adore développer ce genre de personnage un peu punk, surtout dans les romans young adult, car ils ressemblent aux gens avec qui j’ai grandi. C’est aussi, tout comme Ghilane d’ailleurs, et tous les personnages de Baron Cimetière, un personnage “morally grey” (NdlR : “moralement gris”). Je n’aime pas écrire des gentils très gentils et des méchants très méchants, je trouve ça un peu prévisible. Par là même, tous mes personnages endossent tour à tour, à un moment de l’histoire, un rôle néfaste, ce qui permet pas mal de retournements de situations. Pour la création de Ghilane, elle est en ce sens construite à partir d’un retournement de stéréotype, celui de la femme fatale, de la sorcière séductrice dont il faut peut-être se méfier. Elle est évidemment bien plus que cela, même si c’est ainsi qu’elle est présentée dans les premières pages.
Si Baron Cimetière n’est pas ton premier roman young adult, la plupart de tes livres sont plutôt pour adultes… Comment abordes-tu ces deux publics ? Ta manière d’écrire diffère-t-elle ?
J’ai déjà fait quelques incursions dans la jeunesse avec Rouge Toxic et Rouge Venom, qui racontent les aventures de Faruk, un vampire centenaire à l’apparence adolescente que l’on charge, par chantage, de devenir le garde du corps d’une adolescente à problèmes dans un lycée américain. J’ai aussi écrit pour les plus petits (dix ans), dans la collection “Chatons Hantés” de feu Les Éditions du Chat Noir. J’adapte un petit peu ma manière d’écrire, mais pas tant, en fait. C’est sûr que je mets un petit holà à la violence, sur certains aspects, ou je la présente différemment du moins. Mais mes livres jeunesse restent pétris de thèmes sombres. Je travaille encore plus le rythme, essaye d’éviter au maximum les temps morts. Et bien sûr, plus je vieillis, plus c’est difficile de se mettre dans la tête d’un adolescent de seize ans de l’époque présente, qui a bien changé de celle que j’ai vécue moi. Donc ça demande, comme beaucoup de choses, quelques recherches pour se mettre à la page.
