Víctor del Árbol : entretien avec un maître du polar contemporain

  • Publié le

    02/04/2026

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    Entretien

Victor Del Arbol

D'abord policier puis auteur de polars, Víctor del Árbol défend un polar ancré dans le réel, attentif aux tensions politiques et sociales de notre époque.

À l’occasion du festival Quais du Polar, il revient sur son parcours, son écriture et le rôle du roman noir aujourd’hui.

Quelques questions à Víctor del Árbol

Vous avez été policier avant d'être auteur de polars. Votre expérience dans la police a-t-elle été source d'inspiration pour vos différents romans ?

Avoir été policier pendant vingt ans a été une école de vie qui m’a permis de connaître la nature humaine d’un point de vue inaccessible à la plupart des gens. Cette expérience nourrit une partie de mes romans, notamment en ce qui concerne la violence contre les enfants et contre les femmes.

J’essaie aussi de montrer que la justice et le droit ne coïncident pas toujours.

Vous êtes publié dans une collection de polars emblématique en France. Qu'est ce que cela représente pour vous de faire partie de la collection “Actes noirs” chez Actes Sud ?

La France est le seul pays au monde où mes livres sont publiés dans une collection dédiée au polar et c’est parce que la collection Actes noirs a un énorme prestige – même en Espagne, où elle est une référence du genre. Partager un catalogue avec des auteurs comme Stieg Larsson, Nicolas Mathieu ou Keigo Higashino est un honneur, car ils allient exigence littéraire et capacité narrative.

Je dois à cette collection mythique mon premier grand succès international et je lui en serai toujours reconnaissant.

En vingt ans, le polar a énormément évolué. Que pensez-vous que les lecteurs attendent de retrouver dans un polar aujourd'hui ?

Je pense que les lecteurs s'attendent à une connexion critique avec la réalité de notre temps mais sans manipulation démagogique ni leçons morales, une intrigue agile mais sans renoncer au style, à la littérature et à la profondeur des personnages. Dans le polar d’aujourd’hui, nous cherchons à créer des liens émotionnels avec les autres sans pour autant renoncer à la complexité éthique, technologique et politique de nos sociétés modernes.

Que disent vos polars de l'Espagne contemporaine ?

Ils parlent de mémoire, de blessures qui ne se ferment pas, héritées du franquisme et d’un devoir envers les victimes réduites au silence par la répression. Mais aussi d’une société moderne, progressiste, européenne qui fait face aux maux du post-communisme, à la crise immobilière, à la corruption endémique de la classe politique, et cela avec l’énergie des nouvelles générations.

Que représente pour vous un festival comme Quais du Polar ?

C’est la grande fête du noir, un festival de référence dans le monde, pour la qualité des écrivains et des échanges lors des colloques, pour la fréquentation massive des lecteurs. En outre, j’ai un amour particulier pour ce festival, car c’est ici que j’ai remporté le Prix du polar européen du Point en 2012 et cela a changé ma carrière d’écrivain.