“Creep”, le premier roman horrifique de Taï-Marc Le Thanh

  • Publié le

    13/04/2026

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    Entretien

Taï-Marc Le Thanh

À l'occasion de la parution de son nouveau roman “Creep”, Taï-Marc Le Thanh revient sur la construction de son récit et son rapport au genre de l'horreur.

Entretien

Si tu as déjà touché, dans certains de tes romans, à l’ambiance horrifique, c’est cependant la première fois que tu écris une histoire appartenant réellement à ce genre. As-tu abordé le projet d’une manière différente ?

Oui et non. D’un côté, j’ai essayé de me plier aux règles du genre mais, très rapidement, j’ai établi des corrélations avec ce que j’avais pu faire auparavant. Les règles en soi peuvent se résumer en un seul postulat : faire peur. Ce qui est assez jubilatoire pour un auteur. Alors, comme dans chacun de mes projets, je me suis lancé des défis. Le premier était effectivement de faire peur, mais vraiment peur. Je me suis focalisé sur le principe du scare jump (“sursaut de peur” dans un film) en me demandant si c’était possible de l’adapter dans un roman. Et toutes ces réflexions m’ont conduit à une conclusion : dans ce genre, tout est une question de rythme. Comme dans la comédie. Très vite, je me suis donc retrouvé en terrain familier. Après, en ce qui concerne le genre, j’ai un bagage assez important en la matière, surtout avec le cinéma. Je n’ai pas eu vraiment à me faire trop violence. Et, pendant l’écriture de Creep, je me suis accordé une petite cure de films d’horreur pour essayer de me mettre dans une ambiance particulière (ce qui, je dois l’admettre, n’était pas forcément agréable).

Creep est un roman qui se déroule sur un temps long, couvrant plusieurs années de la vie de Lola, son héroïne. Comment as-tu travaillé la construction de ton récit ?

Selon moi, la difficulté de cette histoire résidait dans l’acceptation de l’inimaginable par le lecteur. L’étaler sur un temps long me semblait une nécessité. L’emprise d’Anahitu Dogma sur Lola ne s’est pas faite du jour au lendemain. J’adore le principe des récits enchâssés, des flash-back et des ellipses. J’utilise beaucoup ce procédé dans mes romans. J’ai construit Creep comme un thriller avec une enquête qui se déroule au temps présent avec beaucoup d’allers-retours dans le passé. Je voulais qu’il subsiste un doute dans l’esprit du lecteur sur ce qui est réellement en train de se passer. Au début, les éléments fantastiques sont distillés au compte-goutte et les deux policiers, qui mènent l’enquête, ont un côté très pragmatique et cartésien qui conduit à penser que ce récit n’a rien de surnaturel. Il y a également plusieurs voix dans cette histoire, celle du narrateur et celle de Lola par le biais de son journal. Ce qui permet de nombreuses ellipses. Mais hormis l’introduction et la conclusion, la grande partie de l’histoire se déroule au moment où Lola est adolescente. La construction est en fin de compte relativement simple.

Ton roman aborde énormément de sujets tout à fait réalistes et importants : endoctrinement, harcèlement scolaire, premières amours adolescentes… Est-ce venu instinctivement, ou voulais-tu dès le départ mélanger l’horreur au réalisme social et émotionnel ?

Selon moi, il y a l’horreur des monstres et des tueurs fous. Et l’horreur du quotidien. Je trouve la seconde bien pire. Car elle peut concerner chacun de nous. Pour moi, c’était une évidence de la mettre en avant dans mon récit. Et puis une possession démoniaque n’est-elle pas en somme une relation toxique ? Toute mon histoire s’est articulée autour de ce principe et a trouvé naturellement des échos dans les sujets du quotidien. Je trouve que les scènes les plus épouvantables dans Creep sont celles qui s’inscrivent dans la vie de tous les jours.

L’un des thèmes au centre du récit est celui du lien entre une mère et sa fille. Un sujet qui semble te tenir à cœur, et qui était déjà l’objet, par exemple, de ton roman Goodbye papa ! Peux-tu nous dire ce que Creep t’a permis de développer autour de cette idée ?

La famille est un thème récurrent dans toutes mes histoires. Et la question qui m’obsède est : qu’est-ce qu’un parent est capable de faire pour protéger son enfant ? Et qu’est-ce qu’une personne est capable de sacrifier pour un membre de sa famille ? Dans Creep, la relation entre Lola et sa mère s’est imposée comme une des intrigues principales. Avec tout ce que ça peut impliquer de désagréable pour l’adolescente : surprotection de l’adulte, présence permanente de la mère dans l’appartement. Il y a quelque chose d’étouffant dans cette relation alors qu’on sent que Lola ne désire qu’une chose : s’émanciper. La relation peut sembler complexe mais elle reste classique. L’histoire de Creep m’a permis de plonger ces deux personnages dans un contexte extrêmement hostile et, de ce fait, d’en exacerber les réactions, basées sur la défiance, l’agacement et, bien entendu, l’amour.