
© Yann Stofer
Sur les traces de Jack Kerouac
C’est cet assemblage joyeux qui entraîne l’auteur, pour son nouveau livre, dans les traces d’un autre écrivain épris de liberté : Jean-Louis Lebris de Kérouac (autrement dit : Jack Kerouac.) Pierre Adrian rappelle que l’auteur phare de la Beat Generation – mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950 aux États-Unis – a une origine bretonne, malgré sa naissance dans le Massachusetts, un jour de mars de l’année 1922.
“Ti Jean, n’oublie jamais que tu es Breton”, ne cesse de lui répéter son père durant son enfance.
En juin 1965, l’écrivain quitte la Californie avec l’idée de retrouver la “terre de ses ancêtres” dans la cité du Ponant (autrement dit : Brest). Ce voyage donnera lieu à un livre : Satori à Paris (qui, comme son titre ne le laisse pas percevoir, se passe, pour une nuit au moins, en Bretagne).
Les légendes familiales sont toujours propices aux voyages (et aux livres).
Pierre Adrian, lui, quitte Rome où il vit pour Brest, accompagné de Yann, un ami photographe. Leur projet : raconter le séjour brestois de Jack qu’on ne trouve pas, au final, dans le livre de Kerouac.
Cap sur Brest
D’après Adrian – et pour Kerouac – ce premier voyage a été un “rendez-vous manqué” avec la Bretagne. Et jusqu’à la fin de sa vie, depuis sa retraite de Big Sur, Kerouac envisagera un nouveau voyage afin de “finir ce foutu livre sur la chère Bretagne”. Il s’est fait une promesse : visiter la Bretagne avec Youenn Gwernig “pour la vraie première fois” (c’est Kerouac qui l’écrit). Mais le projet n’aboutira pas : Kerouac meurt en 1969 en Floride avant d’avoir de nouveau foulé les terres de ses aïeuls bretons, en compagnie de “ce fameux cousin de l’autre côté, ce parent lointain, ce frère d’armes qui saurait l’accompagner dans sa quête arthurienne.” (C’est Adrian qui l’écrit). Quelqu’un d’autre doit faire ce pèlerinage. Pierre Adrian s’en charge.

© Yann Stofer
Ce Sur la route de Brest devient une enquête littéraire, où l’objet de la quête n’est, au final, pas plus important que l’expérience du voyage (un classique).
Aller en Bretagne, voilà un périple sans risque, sauf celui de voir son permis perdre quelques points à cause des nombreux verres bus, à Lanmeur, par exemple, où l’on a dressé “une stèle à la mémoire de Kerouac en face du giratoire de Kervoac”. Une mésaventure qui n’arrive pas dans le livre mais qui aurait sans doute conduit nos deux enquêteurs littéraires au commissariat de la rue Colbert (à Brest) où est passé Kerouac – l’enquête avance. Le commissariat est toujours là, derrière les jardins Kennedy, contrairement aux nombreux bars et hôtels devenus des supermarchés (entre autres).
Kerouac ne passe qu’une nuit à Brest :
[...] la visite anecdotique se transforma en une histoire mythique.
La littérature, comme chacun sait, permet de s’approprier les mythes afin de les revisiter et d’en renouveler le sens, de les plier à son imagination. Et parfois, ça entraîne les lecteurs dans Le rêve inachevé de Jack Kerouac.
