Chères libraires, chers libraires,
Au tout début de l’aventure d’Actes Sud, il y a l’idée d’une librairie à Arles, qui deviendra le Méjan, qui deviendra un des premiers centre culturel privé et incarnera l’écosystème sur lequel Actes Sud s’est déployé.
C’était il y a plus de quarante ans et notre conviction des débuts n’a pas varié : le succès d’un développement se nourrit des interdépendances harmonieuses. Entre Actes Sud et les libraires, il y eut de tout temps cette symbiose merveilleuse, qui prend sa source dans un attachement viscéral à la curiosité, au refus de la simplification, à l’obsession de rendre le complexe et le sensible accessibles au plus grand nombre et, enfin, à une valeur cardinale : l’indépendance. Indépendance d’esprit, de parole et de choix. Indépendance comme gage de liberté pour la défense de la pluralité des voix et pour résister face aux assauts divers et aux injonctions à la standardisation.
Ainsi, défendre aujourd’hui la littérature étrangère, c’est se placer à contre-courant, c’est accepter de relever le défi de faire entendre les voix du monde, rendre ce monde accessible.
Les Fantômes de Shearwater est le deuxième roman que les éditions Actes Sud publient de cette autrice australienne, Charlotte McConaghy qui, grâce à une langue fluide et puissante nous confronte aux éléments, à leur adversité et à cette humanité qui est obligée de s’y exprimer à la puissance x pour survivre.
Ce livre, vous l’avez choisi pour être dans la dernière liste de la sélection “Romans étrangers” du Prix des Libraires. Quelle joie de le voir ainsi reconnu et porté !
Je veux rappeler ici que Paul Auster, Bayah Maquiavany – une autrice iranienne absolument inconnue à l’époque – et, plus récemment, Clara Arnaud et tant d’autres encore sont des auteurs qui ont connu cette merveilleuse reconnaissance du public avant tout grâce à votre mobilisation. Que dans notre pays, vous soyez encore celles et ceux par qui des voix possiblement inconnues puissent exister est un miracle, un miracle que vous rendez possible tous les jours.
Merci à vous d’animer ces lieux d’hospitalité uniques où se rassemblent tous les acteurs de ce que nous nommons communément la chaîne du livre, et que nous devons faire vivre comme une chaîne de solidarité.
Alors que le deuxième tour commence, nous espérons que votre mobilisation en faveur des Fantômes de Shearwater ne faiblira pas. Au-delà du plaisir réel que nous apporterait une victoire, il s’agit surtout, tous ensemble, de donner à ce beau roman toute la visibilité qu’il mérite, de lui trouver le lectorat le plus large possible. Et cette possibilité, une fois de plus repose entre vos mains !
- Anne-Sylvie Bameule, présidente du directoire