L’enjeu traductif de “Renard 8”

© Chelsea Cardinal
La particularité littéraire et l’enjeu traductif de la nouvelle Fox 8 [Renard 8] reposent sur le choix fondamental d’en confier la narration à la première personne à un personnage animal et sur trois principaux procédés : une altération partielle de la graphie (l’écriture n’est pas purement phonétique) ; l’assemblage de différents registres de langue mêlant une syntaxe souvent brève, répétitive, parfois approximative à un vocabulaire principalement courant mais comportant des marques ponctuelles du registre familier et d’un registre soutenu mal maîtrisé ; la reproduction à l’écrit d’expressions ou de mots qui ont été mal entendus ou mal saisis par le renard.
Le renouvellement d’un rapport affectif à la langue
Ce que fait aussi le texte en changeant la graphie, c’est d’attribuer aux mots un caractère nouveau. Si l’on veut bien considérer qu’ils possèdent chacun une identité qui nous est familière, qu’ils constituent des unités unifiant fond et forme, c’est-à-dire contenu sémantique et aspect visuel et sonore (lettres et phones), qu’ils s’associent de plus à une histoire (étymologie) et à un réseau (racines communes, champs lexicaux, emplois connexes, etc.), si l’on veut bien les considérer analogiquement à des personnes – dont l’intériorité, le corps, l’histoire sont indissociables –, alors il me semble qu’en bouleversant la graphie et la composition de certains mots, le texte permet le renouvellement d’un rapport affectif à la langue passant par un attachement à ces derniers qui nous paraissent tout à coup sous un jour différent, comme teintés, vêtus ou coiffés différemment ; ce qui, au lieu de nous conforter dans un lien routinier aux mots de notre langue, peut nous les faire sembler mignons, amusants, bizarres ou drôles.
- Agatha Crandall, traductrice de Renard 8

