Rentrée d’hiver : une exploration des enjeux du temps et des élans intimes

  • Publié le

    03/12/2025

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Les livres de la rentrée d’hiver française ont en commun d’investir l’espace romanesque pour explorer – et tenter d’élucider – les enjeux du temps présent autant que les élans intimes.

Édito

Du roman psychologique et théologique de Cécile Ladjali à la fiction épistolaire de Clarisse Gorokhoff en passant par la quête loufoque de l’héroïne de Céline Curiol dont la nulliparité est interrogée dans La dynamique de l’œuf, ce sont toutes les nuances existentielles qui sont à l’œuvre. Et que dire du texte autobiographique de Loïc Merle qui, à travers Les précurseurs dont il se réclame – sa grand-mère et Jean-Luc Lagarce – revisite sa vie entre quête des origines et urgence de liberté…

Mais le monde entre aussi dans les livres, que ce soit dans Les Orphelins, le fascinant récit d’Eric Vuillard sur la figure de Billy the Kid, dans le nouveau roman de Lyonel Trouillot, Bréviaire des anonymes, qui donne voix et visibilité aux victimes de la tragédie politique haïtienne, ou dans le roman d’Antonin Crenn, Rue des batailles, où ce jeune auteur combine l’enquête familiale et le récit historique.

Les orphelins d'Éric Vuillard

Les orphelins raconte la vie de Billy the Kid, l’un des protagonistes de cette immense ruée vers la fortune ou le néant. C’était un jeune garçon de famille pauvre, il mourut à l’âge de vingt-et-un ans.

Ce livre raconte deux histoires : l’histoire intime de Billy, effacée par le temps, notre histoire à tous peut-être ; et la grande Histoire, celle qui nous emporte, l’origine du pouvoir en Amérique, l’histoire d’une démocratie confisquée.

Femmes tout au bord de Clarisse Gorokhoff

Tout en tension, fragilité et vérité brute, ce roman, inspiré de faits réels, tisse les voix d’Anouk et de Faye, entre journal de deuil, confessions sans détour, et souvenirs fissurés par le temps. Mais ce n’est pas seulement l’histoire d’un chagrin d’amour ni un récit de fin de vie. C’est le roman d’une initiation féminine à travers l’absence, la chair, et les vérités interdites.

Il y est question de maternité bancale, de désirs transgressifs, des transmissions inconscientes, des morts qui continuent de parler… Et des femmes qui refusent de disparaître.

Repentir de Cécile Ladjali

S’offrant moins comme un récit criminel que comme un roman psychologique profondément théologique qui mêle souffle théâtral, densité poétique et intensité mystique, Repentir suit le mouvement paradoxal de la honte et du désir d’absolution, et se lit comme une méditation sur la force rédemptrice du Verbe, seul capable de transfigurer la douleur de la perte de l’enfant.

L’écriture baroque, charnelle et élégiaque de Cécile Ladjali à son sommet.

Bréviaire des anonymes de Lyonel Trouillot

Dans une sarabande où se mêlent les vivants et les morts, les anonymes et les héros, la “belle langue” des élites et celle de la musique des rues, Lyonel Trouillot dresse la cartographie d’un pays au bord du chaos.

Si l'Histoire ne retient que le nom et le sort des puissants, qui dira la vie des plus humbles ?

Rue des Batailles d'Antonin Crenn

“Un homme a disparu. Il s’appelait Jules, Napoléon, Prosper, et le nom de son père. Son nom est celui de ma mère, et de toutes les personnes qui ont vécu avant elle et me relient à lui. Il a habité le numéro 1 de la rue des Batailles dans le courant de l’année 1862. Avant et après, il a connu d’autres lieux. Des gens l’ont aimé. Ils ne savent pas ce qu’il est devenu.”

Autour de cette figure absente, Antonin Crenn construit un brillant récit en spirale, à la fois intime et historique.

La Dynamique de l'œuf de Céline Curiol

Alors qu’elle peine à surmonter une rupture amoureuse et l’absence de maternité qui s’en suit, une femme va guérir ses blessures grâce à sa fascination pour les poules – ou les œufs ? – et une mystérieuse fresque de la Renaissance.

Qui, de la poule ou de l’œuf, vous redonnera goût à la vie ?

Les Précurseurs de Loïc Merle

Dans ce récit à la première personne du singulier, Loïc Merle rend un hommage vibrant aux deux figures lumineuses qui ont jalonné son parcours d’homme et d’écrivain : sa grand-mère Augusta et Jean-Luc Lagarce. Et à la fonction même de l’art : rendre la mémoire vivante.

Bruits d'Anne Savelli

Un jour, une ville, minute par minute ; une horloge romanesque à la fois libre et implacable, qui nous permet de suivre les parcours de divers protagonistes plus ou moins cabossés par la vie, qui vivent, rêvent, espèrent et parfois tombent. Un flic, des éboueurs, une caissière, un étudiant, des voyous, un médecin, une femme dans le coma, une chatte, une star, etc., mais surtout une fillette en manteau rouge – une dénommée F. qui a fui son foyer suite à une descente de police, et qui traverse la ville et qui, la traversant, grandit, devient adolescente, puis femme.