Bréviaire des anonymes

Dans une sarabande où se mêlent les anonymes et les héros, la “belle langue” des élites et celle de la musique des rues, Lyonel Trouillot dresse la cartographie d’un pays au bord du chaos.
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Le résumé

Dans une ville côtière abandonnée, loin du climat insurrectionnel de la capitale, un fonctionnaire haïtien fait l’inventaire d’une bibliothèque léguée à l’État, une collection d’ouvrages célébrant les grands esprits qui ont marqué l’histoire.
Écrivant à son oncle, politicien roublard qui lui a servi de père et de mentor, le jeune homme voit se mêler à sa lettre les récits de voix entrées par effraction. Celles de Macho, gérant de l’unique bar du bord de mer dépeuplé, de Manie, petite bossue au destin tragique, ou encore d’Ayan, condisciple de classe avide de vengeance.
Tous réclament leur droit à ne pas être oubliés. Les vies des humbles ne sont-elles pas, elles aussi, dignes d’être racontées ?
Dans une sarabande où se mêlent vivants et morts, anonymes et héros, la “belle langue” des élites et celle de la musique des rues, Lyonel Trouillot signe une puissante ode à la multitude et dresse la cartographie d’un pays aux franges de l’oubli.

Les ressources

Le mot de l'auteur

Il y a une quinzaine d’années, une adolescente bossue est piétinée à mort par les membres d’une secte religieuse à laquelle appartenait sa mère. Ils voulaient “faire sortir” le diable de son dos. Cela n’a même pas eu l’écho d’un fait divers.

Comme s’il y avait des vies et des morts sur lesquelles il n’y avait rien à dire, rien à rapporter.

À l’opposé, il y a des discours, des récits de vie, mémoires, biographies et autobiographies de personnes illustres qui encombrent les lieux de parole, s’installent dans les bibliothèques et les mémoires collectives, deviennent des références, des exemples à suivre.

Cette inégalité, cette discrimination dans la hiérarchie des biographies m’a toujours interpellé.

La petite bossue de la rue des Fronts-Forts ; un ancien condisciple de classe oublié ; les habitants d’un village côtier aujourd’hui déserté. Tout un monde d’anonymes envahit soudain la lettre d’un jeune fonctionnaire à un oncle, homme de pouvoir ayant éduqué son neveu à l’art des références et des citations des “grands” de l’histoire.

L’enjeu, pour moi, étant de troubler le confort et le conformisme d’un récit sur fond d’exclusion par l’arrivée en masse et par effraction d’une multitude d’anonymes dans la bouche du narrateur. Folie ou justice de se sentir soudain habité par des voix auxquelles on était resté sourd. Poser ainsi au roman la question de qui raconte en moi quand je raconte, qu’est-ce qui mérite d’être raconté ? Avec en toile de fond les urgences de la réalité haïtienne et de tous les lieux du monde où des oubliés subissent la double peine de vies difficiles et de morts tragiques abandonnées au silence.

- Lyonel Trouillot

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