Le résumé
C'est l'histoire d'un féminicide en Suisse dans les années 1960. L'histoire d'un dénommé Alain qui tue sa petite amie, Carmen. Mais “Détruire tout” n'est pas le simple récit de ce drame : c'est avant tout une immersion totale dans "l'air du temps", un air qu'il nous faut respirer molécule après molécule si nous voulons comprendre comment on en est arrivé là. Explorer minutieusement les circonstances ayant conduit à ce meurtre sans faire du coupable le simple jouet de forces extérieures : c'est le pari de l'auteur, qui nous entraîne dans une enquête fascinante, où le tâtonnement devient une méthode haletante, la réflexion un vertige nécessaire - et l'analyse un risque indispensable.
Ce récit aussi intelligent qu'implacable vient nous rappeler à point nommé l'une des forces les plus indispensables de la littérature : sa capacité à nous éblouir sans nous aveugler.
Les ressources
Aperçu de : Parole d'éditeur
Le mot de l'auteur
Au cours de mes recherches sur l’anarchisme, je suis tombé par hasard sur un fait divers qui allait devenir le noyau de mon livre. Un individu qui dérobe des dizaines de kilos d’explosifs dans un arsenal militaire et qui plastique un immeuble, causant la mort d’une jeune femme.
Très vite, il est apparu qu’il ne s’agissait nullement d’un acte politique mais d’un lâche assassinat. Jalousie paranoïaque d’un homme incapable de supporter la soif de liberté de sa fiancée. Une femme avait perdu la vie. L’affaire avait été instruite. On avait appelé ça un “homicide”.
Mais les faits, dans leur enchaînement, n’étaient pas aussi unanimes. Plus mon enquête progressait, plus je voyais se préciser l’existence d’un faisceau de causes ayant concouru à rendre cette explosion quasiment inéluctable. Le sort de la victime m’a ému, tout autant que le destin de cet homme empêché.
Mais j’ai vraiment compris la direction que prendrait ce livre lorsqu’il est devenu évident qu’embrasser un point de vue unique serait absurde et qu’il fallait, au contraire, les représenter tous. Ainsi, pour adopter cette perspective cubiste, le texte a été dynamité : ni roman, ni enquête, ni mise en scène du roman ou de l’enquête ; plutôt puzzle éclaté. Chaque fragment brise l’harmonie des paysages suisses et taille dans la réputation de ce pays connu pour son goût de l’ordre. Évitant toute approche psychologique, le texte transpose dans sa forme même la force destructrice de l’explosion. Cette approche me permet de démanteler le réseau d’emprises qui a piégé la victime : l’air du temps, la dureté du travail, la solidarité de classe, la cruauté des pères, la défense des privilèges, la délation, la xénophobie, le silence.
Il serait vain d’espérer trouver dans cette entreprise une once de sensationnalisme : il était impérieux de se tenir à distance respectueuse des vivants et des morts. Ce n’est donc pas leur histoire qu’on a tenté de faire exister à nouveau, mais les lignes de fracture du champ social qu’elle révèle et qui courent insidieusement jusqu’à nous. À la fois enquête littéraire et fiction lyrique, ce texte cherche à s’affranchir de l’ancrage local pour questionner les dynamiques à l’origine de toute violence.
- Bernard Bourrit