Le résumé
Musicien, employé de mairie, buveur, coureur, croyant incertain, Wasif Jawhariyyeh est un joyau aux multiples
facettes comme le siècle dernier savait en inventer, témoin d'un temps où chrétiens, juifs, musulmans se disaient tous "des gens de Terre sainte", des habitants d'une ville "qui mélangeait, qui mangeait ensemble
tous les dialectes de la Méditerranée". Au son du oud, Wasif fait revivre la voix de Jérusalem, les saveurs et les plus vives couleurs de son passé oublié.
Confidences douces-amères d'un petit musicien à l'étoffe de grand personnage, “J'étais roi à Jérusalem” raconte un homme simple qui tire des autres l'amour et l'amitié comme on tire le vin, et nous montre la mixité d'une Jérusalem moderne, loin d'une archéologie qui la fige, de fantasmes ou d'antagonismes qui l'enferment en destin du monde. À travers les mots de Wasif, la ville retrouve son soleil, sa poésie, et penche sur lui un sourire qui vaut mille pardons.
Les ressources
Le mot de l'autrice
Comme pour beaucoup de spectateurs incrédules, le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas contre Israël a suspendu ma compréhension du réel ; une compréhension déjà fragile malgré des années de travail consacrées au projet d’un roman sur Jérusalem. Que dire face à l’indignité de ceux incapables de reconnaître le caractère terroriste de l’événement ou face à la malhonnêteté de ceux qui en réduisent la signification à la seule histoire d’un antisémitisme millénaire ? Je voulais écrire sur des fous de Dieu ; j’ai perdu l’envie de parler d’eux. Le dégoût pour mon sujet s’est encore accentué le 13 octobre suivant en apprenant l’assassinat de Dominique Bernard. Ce jour-là, j’étais justement dans un lycée, invitée à échanger avec une classe autour de mon roman précédent. Cela me paraissait obscène, vain. Le soir même, je décidai de m’inspirer des Mémoires méconnus de Wasif Jawhariyyeh, musicien arabe, employé de mairie, buveur, coureur, chrétien incertain. Un homme-orchestre comme le siècle dernier savait en inventer, un joyau aux multiples facettes dont la vie a tiré des autres l’amour et la joie comme le vin. Un petit que j’ai voulu aussi grand que Romain Gary ou Khalil Gibran, conteurs capables de marcher dans les chaussures d’êtres différents, de les faire vivre comme s’il s’agissait d’eux-mêmes. C’est en me mettant dans les pas de Wasif que j’ai finalement trouvé mon chemin vers Jérusalem, sa patrie où il était encore possible de faire ville ensemble. Un passé que les tenants d’une mémoire sélective aimeraient effacer et que mon livre voudrait partager. Des pages incapables de dépasser les antagonismes actuels mais qui pourraient peut-être se glisser dans les interstices entre les murs dressés, fissurer les cloisonnements de l’âme. Le sacré des romans, le seul que je comprends.
- Laura Ulonati