Le résumé
À la manière des imagiers de notre enfance, Valentine Goby offre un roman d’initiation à la fois grave et lumineux : le portrait kaléidoscopique d’une petite fille qui cherche à guérir de ses blessures grâce à ses liens sensibles au langage et à la nature.
Vive est une enfant dont la jeunesse se déploie à l’ombre des grands arbres du jardin familial, dans l’attente des essences exotiques que son parfumeur de père rapporte de ses lointains voyages, et en écho aux mots nouveaux qu’elle consigne dans son carnet pour apprivoiser le monde qui l’entoure. Un univers merveilleux peu à peu teinté d’angoisses dont Vive va tenter de saisir l’origine en archéologue de sa propre existence. Afin de comprendre la signification de l’image obsédante qui ouvre le livre et signe la fi n de l’innocence – le palmier mort –, elle va défroisser les plis de sa mémoire et reconstituer le puzzle des souvenirs.
"Le palmier" est le roman vrai d’une héroïne qui, comme l’autrice elle-même, fut très tôt confrontée à l’enchantement et à l’effroi. Il est aussi une fascinante enquête, intime et poétique, sur l’univers de la parfumerie, le territoire de l’enfance, les pouvoirs de l’imaginaire et l’aventure de l’écriture.
Les ressources
Le mot de l'autrice
Au commencement, il y a l’image d’un palmier dévoré par le charançon. Ça se passe il y a quatre ans, en Provence, à la fin de l’été, dans le merveilleux jardin de ma maison d’enfance peuplé de grands arbres et de plantes à parfum. Cette vision troublante, presque une apparition, rouvre brusquement une séquence de mon enfance, de sa beauté qui n’exclut pas l’effroi. Toute image est archive. Toute image est un récit arrêté. J’ai cherché le récit sous l’image.
Dans le roman, on voit d’abord une petite fille, Vive, face à un palmier mort. La scène est une énigme. J’ai écrit un roman-enquête, à hauteur d’enfant. Je l’ai construit comme un imagier, un puzzle, dont les fragments épars prendraient sens à mesure qu’ils s’assemblent au fil de la lecture : 41 chapitres articulent entre elles les découvertes successives de l’enfant que le réel questionne, et façonnent le récit. C’est une expérience formelle singulière dans mon parcours. Il y a quelque chose de la chimie des odeurs dans ce parti pris, l’écriture dissèque les éléments constituant le réel comme on isole les composantes d’une molécule olfactive pour la comprendre, la reproduire, la sublimer, voire créer des odeurs inédites.
Vive tente de décrypter les mystères qui l’entourent en s’appuyant sur un imaginaire nourri par une nature solaire, les extraordinaires voyages de son père, et l’univers si particulier des odeurs auxquelles il l’initie. Elle a des alliés, et parmi eux une mère, un jardinier, une chienne, un oncle artificier. Elle compte aussi sur ces mots nouveaux qu’elle consigne obstinément dans un cahier pour inventorier, sonder, nommer un monde qui se dérobe et déchiffrer le sens caché des choses. Débusquer les fantômes. Faire provision de beauté. C’est le chemin qui, sans doute, m’a conduite à l’écriture.
Le palmier est une plongée archéologique dans mon histoire intime. Je croyais connaître l’issue de l’enquête mais l’écriture m’a déroutée et a déplacé mon regard. Défroissant chaque pli de l’archive, elle m’a révélé sa signification véritable.
- Valentine Goby