Le résumé
Au cœur de l’Europe, une dictatrice déchaînée, qui exige d’être appelée “le Prince”, règne sur sa nation à coups de décrets. Son nom ? Nerona. Paranoïaque, autoritaire, climatosceptique, égérie de l’efficacité gouvernementale et pourfendeuse de toutes les “déviances”, la fondatrice du feu (Force, Énergie, Union) a tout pour plaire. La preuve : le peuple l’a portée au pouvoir. Viva Nerona !
Après avoir transposé avec brio la tragédie antique à Hollywood, Hélène Frappat invente la sitcom fasciste, dans une satire hilarante qui dévoile les coulisses d’une dictature et les rouages du langage populiste. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d’autres réjouissances.
Rions ensemble pendant qu’il est trop tard.
Les ressources
Le mot de l'autrice
Durant l’été 2022, un cauchemar m’a hantée. Une créature despotique, surgie des Enfers mythologiques, imposait à l’univers sa loi folle. Je me trouvais alors en Italie, à la veille d’élections déterminantes pour l’Europe. Sur les murs de Rome, le visage d’une femme s’affichait : longue chevelure blonde décolorée, yeux bleus énormes exorbités, regard glacial démentant le sourire maquillé de rouge.
Giorgia
Rien de mieux que deux syllabes, un doux prénom de femme et de mère, pour humaniser un discours qui martèle la haine d’une partie de l’humanité, comme si l’humanité n’était pas à prendre, ou à laisser.
Le 25 septembre 2022, Giorgia Meloni a été élue à la tête du gouvernement italien. Celle qui avait fait campagne en hurlant “Je m’appelle Giorgia ! Je suis une femme ! Je suis une mère ! Je suis chrétienne !”, a exigé par décret d’être désignée “Monsieur le Premier ministre”, au masculin.
Quel livre écrire, quand les tyrans envahissent notre espace politique et mental ? Plongeant dans la vie et l’œuvre de “Giorgia”, un épisode m’a ensorcelée… À cinq ans, elle a allumé une bougie dans sa chambre, provoquant un incendie qui a détruit l’appartement familial ! À mes yeux de romancière, certains événements sont des signes. La destruction de la casa romaine fit surgir l’incendie de Rome par Néron, en 64… Que l’empereur eut, ou non, joué de la lyre tandis que Rome, qu’il avait incendiée, était réduite en cendres, la Giorgia réelle se métamorphosa aussitôt en ma fictionnelle Nerona, et mon livre en précis de décomposition du langage populiste, en “sitcom fasciste” où je fais revivre au féminin – c’est inédit – cet archétypal despote.
Durant l’écriture, l’histoire n’a cessé de s’accélérer, et la réalité de dépasser la/ma fiction. Mais dans le désespoir environnant, jamais la flammèche de la littérature ne faiblit, tel le contre-feu que j’ai sauvagement – et joyeusement – allumé ici.
- Hélène Frappat