Le résumé
Un soleil écrasant. Une rue en pente au cœur d’une ville méditerranéenne.
Deux corps vont à la rencontre l’un de l’autre. Lui a son couteau dans la poche et le silence pour bagage. À elle le poids de l’Histoire, et une parole à faire entendre. Elle, c’est Samira. Lui, Marin. Et puisqu’ils vont bientôt se rencontrer, puisqu’ils vont devoir se parler, on doit aussi nommer les pays : l’Algérie et la France. Alors voilà, il y a une pente, le soleil, la mer. Et, d’une rive à l’autre, des questionnements incessants, des violences à disséquer, un passé qui n’en finit jamais, le coût du pardon et celui de la culpabilité. Oui, il y a tout ce qu’on peut essayer de dire – et d’écouter.
Avec “Pente raide”, Marin Fouqué et Samira Negrouche osent un dialogue escarpé, dans lequel se percutent les préjugés et les possibles, les espoirs et les malentendus, les non-dits et la colère. Ils composent ensemble une partition à deux voix urgente, franche, courageuse, nécessaire. Un trait d’union entre nos deux pays.
Les ressources
Le mot des auteurs
D’abord, on n’avait rien à se dire. Disons qu’entre nous, il y avait trop d’écarts, trop de préjugés. Elle faisait du taï-chi, lui de la boxe. Elle marchait très vite, lui trop lentement. Elle venait de la montagne, lui d’une platitude. Elle aimait sentir le sang qui pulse, lui regarder les hommes tomber. Et puis ce truc de distance, ce truc qui sépare, ce truc tout noir et sombre quand vient la nuit et qu’on appelle plus communément la mer Méditerranée.
Un truc qui dit que les préjugés, c’est peut-être déjà un début d’histoire. Qui dit que le temps passe, que les malentendus se creusent, que bientôt les mots viendront à manquer. Qu’il ne faut pas que la langue échoue. Alors pour écrire vraiment ensemble, on a dû beaucoup se regarder. Se donner la confiance. Se flairer l’écriture. On a dû s’inventer maladroite, se dire acharné ; éprouver l’injustice autant que l’écartèlement ; soupeser les impacts autant que les empreintes, sentir la distance mais aussi quand on se touche. Et surtout, surtout s’assurer d’être bien équipés. D’avoir bien harnaché sur son dos le paquetage parce que la pente est longue comme le poids est immense. C’est celui des non-dits, celui du silence. Celui des tortures et de tout ce qu’on étouffe. Parce que la pente est risquée mais il faut bien la prendre, quitte à se prendre l’éboulis. Oui, assumer l’avalanche des mots qu’on peut plus rattraper ; d’un côté l’Algérie et de l’autre la France, parce qu’il faut les nommer. On en peut plus de faire semblant.
Alors voilà, on n’était pas censés avoir quelque chose à se dire mais on l’a fait. Et c’est nous-mêmes qu’on a boxés. On a accepté les maladresses et les effondrements mais on n’a pas fait semblant. Parce qu’il faut au moins ça, et encore beaucoup plus, pour faire un Nous qui parle. Parce que c’est la page qui décide quand tout ça va se tourner, et comment ça va se tourner. Et parce qu’on en peut plus de tout ce qui tombe, se fracasse et se noie – des deux côtés de la Méditerranée.
- Marin Fouqué et Samira Negrouche