Aperçu de : Extrait du livre
© Actes Sud
Comment Cherry, infirmière et mère de deux enfants, s’est-elle retrouvée en cavale au volant d’une décapotable rose, flanquée d’un policier menotté et du cadavre d’un réfugié assassiné ? Dans quelle quête pour la justice s’est-elle embarquée ? À ses trousses, un inspecteur de police raciste et enragé… Mais que peut bien faire d’autre une femme dotée d’une conscience dans l’Angleterre d’aujourd’hui ?
Percutant, défiant les genres, radical, politique et pourtant comique, ce premier roman explore nos préoccupations sociales les plus pressantes avec une clairvoyance dévastatrice.
© Actes Sud
Pendant près de quinze ans, j’ai écrit des pièces de théâtre. J’ai essayé de faire en sorte qu’elles soient vibrantes, virulentes, passionnées, drôles. Elles dénonçaient l’appauvrissement radical de la société anglaise. Elles mettaient en scène et rendaient visibles les âmes des travailleurs. Mais il y avait quelque chose dont je n’avais pas vraiment conscience.
Ces pièces relevaient du discours. C’étaient des dialogues avec le monde, portés par l’espoir qu’en humanisant les désastres de la société néolibérale, je pousserais quelqu’un à réagir. Ce “quelqu’un”, c’était surtout moi, vous, le public. Mais je suppose que c’était là aussi une façon d’interpeller implicitement les puissants. Voilà ce qui ne va pas dans le monde que vous contrôlez. Soyez humains. Réparez. À l’époque, cette approche ne paraissait pas absurde. Je passais souvent à la télévision pour parler de mes pièces, et je me disais que je faisais une différence dans le discours ambiant. Et c’était peut-être le cas, dans une faible mesure.
Mais on ne peut plus faire ça maintenant. Pas quand la classe dominante a définitivement rompu avec la démocratie en faveur des milliardaires. Quand ils ne font plus que nous menacer et brandir des représailles. On ne peut pas dialoguer avec une personne qui ne sait parler qu’avec ses poings. Voilà pourquoi Trois enterrements relève d’un art différent. Il est question d’une femme qui n’a aucune raison de faire ce qui est bien, et le fait néanmoins. Qui s’embarque dans un pèlerinage insensé pour la justice précisément parce que le monde est sens dessus dessous. Qui recourt à une action radicale en aidant les autres, et parvient ainsi à se racheter.
C’est un roman qui, bien que je l’espère vibrant, virulent, passionné et drôle, pose également une question toute simple. Quand tout changement possible venant d’en haut est exclu, quand le pouvoir n’est que malveillance, que faire ? On se replie sur soi ? Ou on va chercher les autres et on se bat ?
- Anders Lustgarten