Le résumé
De retour dans les rues de Magnapole, Zem Sparak, l’ancien flic déclassé de la zone 3 – le “chien” au matricule 51 –, assure désormais la sécurité rapprochée de Barsok, l’homme qui a promis d’abolir les différences de classe et de réunifier la ville.
À l’approche du jour censé célébrer l’avancée des Grands Travaux, et alors que toutes les caméras sont tournées vers le port où arrive un cargo chasseur d’icebergs, un container livre une funeste découverte : assis côte à côte, cinq cadavres anonymes portent les traces d’atroces souffrances. L’occasion pour Zem de retrouver l’inspectrice chargée de l’enquête, Salia Malberg. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce que cache le consortium GoldTex : à Magnapole, comme ailleurs, le confort des uns semble bâti sur la vie de milliers d’autres…
Ce nouveau roman de Laurent Gaudé est un miroir tendu à nos sociétés consuméristes en proie à l’effondrement. Mais il abrite aussi l’idée d’un ailleurs, d’un refuge face au désastre, nommé résistance.
Les ressources
Le mot de l'auteur
Je savais en me lançant dans l’écriture de Chien 51 qu’il y aurait une suite. Écrire Zem, c’était écrire un nouveau roman et parfaire un diptyque. L’enjeu a donc été double : faire de Zem une histoire indépendante, autonome mais qui peut aussi se lire comme l’aboutissement d’une trajectoire.
Les deux livres sont liés par la question de l’identité : dans le premier volet, Sparak était un matricule. C’était le Grec arraché à sa terre, un chien errant dans une ville honnie. Dans Zem, il se réapproprie son histoire, ses combats et son nom.
J’aime placer ce diptyque sous la figure tutélaire d’Ulysse. C’est l’histoire d’un long retour. De la Grèce à la Grèce. Et si après trente ans d’errance Sparak retrouve sa dignité, il mesure aussi l’immensité de ce qu’il a perdu.
Zem et Chien 51 ont en commun la même méthode de travail : partir à la rencontre de ce qui, dans notre monde, est d’ores et déjà dystopique. Ce ne sont pas des livres de science-fiction. Ils sont nourris de la lecture des journaux. Les dômes climatiques existent, les chasseurs d’icebergs aussi, ainsi queles crabes bleus et l’ensemencement des nuages. Les endroits du monde où des esclaves creusent la terre pour nous procurer de l’énergie sont bien réels. Zem ne fait que tout réunir, tout concentrer pour nous tendre un miroir déformant et – je l’espère – nous alerter.
Il fallait que Chien 51 soit un livre sombre pour que Zem puisse revenir à une forme de lumière. Il fallait que GoldTex règne avec toute-puissance pour que naisse le désir de rébellion. La littérature a peut-être cette force-là : alerter, à travers des histoires, sur ce qui peut advenir. Créer des personnages qui anticipent nos combats, et qui – ce faisant – ne cessent de nous dire qu’il est toujours temps de dire non.
- Laurent Gaudé