Dans la collection
Une histoire perpétuelle de la photographie
Créée en 1982 par Robert Delpire au Centre national de la photographie, entrée au catalogue des éditions Actes Sud en 2004 après un passage aux éditions Nathan, la collection Photo Poche ambitionne d’écrire une histoire de la photographie accessible à toutes et tous.
Première collection de livres de photographie au format de poche, elle propose des ouvrages soigneusement imprimés, maniables par leur format, abordables par leur prix. En 144 pages, chaque Photo Poche traverse l’oeuvre d’un grand nom de la photographie, un courant de pensée ou un sujet de société pour en restituer l’essentiel.
Le succès est immédiat et international : un temps publié dans six langues étrangères (anglais, italien, espagnol, japonais, grec et portugais), une partie du catalogue est aujourd’hui coéditée par Thames & Hudson (États-Unis et Royaume-Uni) et Contrasto (Italie).
Savoir se réinventer et toujours explorer
La force de Photo Poche réside dans la simplicité de son ambition : construire, titre par titre, une histoire perpétuellement en cours de la photographie. Loin de viser l’exhaustivité, Photo Poche assume son inachèvement et l’infinité des champs à explorer, au gré des rencontres et de l’actualité culturelle où elle s’inscrit. Le catalogue se renouvelle en permanence grâce à un effort soutenu de réédition qui garantit la disponibilité au long cours et l’actualisation régulière de la plupart des titres. Ainsi, les nouvelles éditions sont autant d’occasions de revisiter les figures et les questions clés de l’histoire de la photographie, créant tout autant l’événement que les entrées au catalogue.
Dirigée depuis 2019 par Géraldine Lay, éditrice et photographe, soutenue par une synergie qui fédère tous les savoir-faire et équipes d’Actes Sud, et surtout portée par l’intérêt renouvelé des libraires et des lecteurs, la collection connaît un renouveau à la hauteur du succès immédiat de ses premières heures
Quels sont les trois titres de la collection qui vous ont le plus marquée ?
Saul Leiter • n° 113, 2007. J’ai le souvenir d’une émotion très forte lorsque mon prédécesseur, Benoît Rivero, me demande de le seconder sur la photogravure du titre Saul Leiter. Je suis à ce moment-là responsable de fabrication. Je découvre la couleur, l’abstraction, la poésie de ce photographe que je ne connaissais pas. Benoît Rivero m’en a lui-même reparlé des années après, marqué par ma réaction.
Helen Levitt • n° 165, 2021. Il s’agit du premier titre que j’ai dirigé entièrement. Là aussi, forte émotion lorsque l’assistant d’Helen Levitt, Marvin Hoshino, aujourd’hui décédé, me révèle qu’elle avait travaillé sur une sélection avec Robert Delpire, mais que le titre n’avait jamais vu le jour.
Dolorès Marat • n° 172, 2023. Ce titre représente un exemple de renouveau de la lecture d’une œuvre. Dolorès Marat n’avait pas fait l’objet d’une rétrospective depuis quelques années, et la publication du Photo Poche, associée à l’exposition que nous avons présentée à Croisière pendant les Rencontres d’Arles, ont remis les projecteurs sur une oeuvre magistrale. Quelques mois plus tard, elle a été la première lauréate du prix du Livre Robert Delpire et a rejoint la prestigieuse galerie américaine Howard Greenberg. J’aime cet exemple qui montre à quel point l’histoire de la photographie fluctue en fonction des époques. La collection incarne aussi cette mouvance : elle ne doit en aucun cas rester figée.
Quelle est l’intention derrière la refonte de l’identité graphique de la collection ?
Au cœur de ce projet de refonte se trouve la volonté de retrouver l’idée originelle de Photo Poche : une collection accessible à un large public, financièrement mais aussi intellectuellement. C’est-à-dire que le livre doit être ancré dans son époque et non réservé à des initiés, or Photo Poche avait fini par devenir, après quarante ans d’existence, un objet pour collectionneurs.
D’ailleurs, la comparer à la Pléiade est presque une erreur, car cela renvoie à une collection pour érudits alors que l’ambition de Photo Poche et de son créateur, Robert Delpire, est d’offrir un contenu très pointu au spécialiste comme au novice.
Quelles sont les grandes orientations actuelles de la direction éditoriale de Photo Poche ?
L’enjeu premier est de proposer un contenu qualitatif, tant au niveau éditorial qu’iconographique et historique. Éditorial d’abord : la collection, fruit de l’époque de sa création (1982), mérite de s’ouvrir à la diversité des écritures, à commencer par celle des femmes photographes, mais aussi des cultures en dehors de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis. Je compte élargir le choix des titres dans ces directions, mais je dois pour cela trouver les spécialistes pour m’accompagner. Je peux citer par exemple Christine Barthe, responsable de la photographie du musée du quai Branly – Jacques Chirac, qui m’a permis de travailler avec les artistes Samuel Fosso et James Barnor. D’un point de vue iconographique, il s’agit de la qualité des reproductions mais aussi de la relecture d’une œuvre, déjà publiée dans certains cas mais qui doit être mise à jour. Un exemple parfait est le Photo Poche de Raymond Depardon (n° 81), publié pour la première fois en 1986, et dont la troisième édition est parue en janvier 2026 – quarante ans plus tard : la sélection de l’époque ne correspondait plus du tout à l’œuvre du photographe aujourd’hui. Plus historiquement, citons celui d’Edward Steichen (n° 56) qui, dans sa première version, sous-estimait la part du végétal dans sa production : le travail entrepris par différentes institutions pour préparer le 150e anniversaire de sa naissance nous permet une relecture plus contemporaine.
Enfin, j’aimerais insister sur le travail de recherche qui est fait sur chaque titre. Photo Poche, c’est un travail collectif qui réunit auteurs et autrices, historiens et historiennes, commissaires d’exposition, correcteurs, assistantes et éditrice. Chaque notice est aujourd’hui une source vérifiée, complétée afin que le Photo Poche puisse également être un outil pour les chercheurs. Nous avons entrepris de revoir les bibliographies et la liste des expositions avec la précision d’un historien. Ce travail nous embarque parfois sur plusieurs jours de recherche. Raymond Depardon insistait d’ailleurs sur le fait qu’il n’existe aucun autre livre qui réunit ces informations ! C’est un atout majeur de cette publication, auquel toute l’équipe dédie beaucoup d’énergie.
